Daniel Bourgais est né en 1992. Il travaille à Paris. Il est diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Normandie.
Dans la continuité de ses explorations de territoires et paysages transformés par l’Histoire, Daniel Bourgais engage pour le 69e Salon de Montrouge un travail sur Nanterre basé sur la réutilisation d’images d’archives et de cartes cadastrales, lui permettant de rendre visible une épaisseur de temps. Il retrace l’évolution de la ville depuis les champs et bidonvilles d’origine jusqu’à la cité Pablo-Picasso dont les tours Nuages, conçues par l’architecte Émile Aillaud, ont incarné l’utopie des grands ensembles dans les années 1970. Dans un contexte de fortes tensions sociales, Daniel Bourgais documente les strates architecturales, humaines et mémorielles d’un quartier médiatiquement surexposé. Daniel Bourgais arpente avec un appareil numérique des paysages urbains : les villes détruites pendant la Seconde Guerre mondiale, les nouveaux quartiers ayant émergé, capturant des milliers d’images d’un même lieu sur plusieurs heures – entre 10 et 2000 prises de vue. À partir de ses relevés, il fabrique des photogrammétries, une technique inventée par un général de l’Armée française au XIXe siècle pour produire des vues topographiques des villes à des fins militaires. Daniel Bourgais ne fabrique rien d’imaginaire. Il part toujours des données réelles qu’il collecte, à hauteur de piéton. L’angle d’une rue, un bâtiment à l’arrière-plan, seront physiquement absents du fait de la position de l’artiste à l’instant de la prise de vue. Ce n’est que l’échelle humaine, qui ne peut pas s'enorgueillir de tout saisir. Ces vides sont des souvenirs qui font défaut ou une mémoire sélective et oublieuse. L’artiste repose une question perspectiviste que nous adressait la Renaissance en faisant de l’humain la mesure de toute chose dans une époque technophile, noyée sous les points de vue et dans un flux incessant d’images. Vues plongeantes, panoramiques, éclatées, les cartographies de Daniel Bourgais confrontent une autre forme de conquête, une numérisation du monde, son enregistrement continu et l’illusion d’un point de vue neutre et omniscient. Mais ici, la précision de ses photographies, leur fusion, est ce qui les rend indéchiffrables. Chaque œuvre encode ainsi dans l’image un titanesque acte d’archivage, mêlant histoire sociale et réminiscences personnelles. Les photographies de Daniel Bourgais explorent cette illusion d’un territoire « neuf », d’un avenir construit ex nihilo. Loin de la précision militaire, elles prennent la forme de nuages de points qui forment des cartographies flottantes. Elles rappellent en surface des stratifications anciennes, des empreintes fantômes ou ce dont l’artiste veut se souvenir. Hommage aux premières photographies de l’Histoire, les images de Daniel Bourgais prises pendant plusieurs heures en continu rappellent que la photographie est avant tout une impression lumineuse, littéralement une image du temps. Formé à l’architecture, il en garde le sens de la composition spatiale, des échelles et du relevé méthodique, ainsi que la dimension sociologique de l’enquête de terrain préalable à la conception du programme. Il se rend sur les lieux en se demandant qui vit là, qui les traverse, mais aussi ce qui est enfoui ou pulvérisé dans les strates de matériaux successives. Les images de Daniel Bourgais évoquent les modélisations numériques ou satellites. À l’image des autochromes du début du XXe siècle ou des premières missions photographiques de documentation du territoire, les vues de Daniel Bourgais ne proposent qu’une apparente neutralité. La photographie finale semble « en cours de chargement » : les zones denses indiquent les endroits intensément documentés ; les espaces vierges, ceux traversés rapidement ou volontairement laissés en marge. Chaque point correspond à un point de vue transitoire. Ces distorsions visuelles capturent l'inexactitude assumée de la subjectivité humaine.
Par Alicia Fahmy et Ludmilla Malinovsky (Galerie Fahmy Malinovsky)
Daniel Bourgais est diplômé en architecture et artiste plasticien. Son travail s’inscrit dans une démarche où l’architecture, le paysage et les milieux s’entrelacent pour révéler une mémoire sensible des lieux.
Au cœur de ses recherches : la trace, le souvenir, et la manière dont les territoires portent en eux les marques du temps et des trajectoires humaines.
Depuis plusieurs années, Daniel mène une exploration plastique et photographique autour des liens profonds entre habitat, espace et mémoire. Son travail, à la croisée de l’architecture, de la photographie et de l’expérimentation numérique, interroge les traces des transformations dans les paysages, qu’ils soient urbains ou ruraux.
En détournant la photogrammétrie de son usage technique initial, il compose des images denses et fragmentées, dans lesquelles se superposent de multiples points de vue. Chaque photographie devient ainsi un palimpseste : une trace recomposée, une mémoire poétique du territoire plus qu’une représentation fidèle. Ce processus de recomposition confère à l’image une dimension sensible, ouverte au dialogue entre réalité vécue et perception intime.
Né en Éthiopie, Daniel a grandi en Normandie. Il nourrit son regard par la peinture impressionniste et néo-impressionniste, découvrant dans ces représentations du territoire une première approche émotionnelle du paysage. Installé à Montrouge, il intègre la dimension urbaine dans son geste de recréation abstraite du paysage. L’artiste inscrit aussi son travail dans les traces de sa petite enfance : dans les paysages de l’Éthiopie. Il cherche à en conserver les traces, à recomposer les fragments manquants.Ses différents travaux ont été exposés au Bastille Design Center, à la Galerie Porte B, au Musée Roybet Fould à Courbevoie, au Salon Approche et dans différentes galeries. Ils ont été distingués à plusieurs reprises, notamment à l’occasion du prix Don Papa Art Program 2022, ainsi qu’à l'occasion d'une sélection pour la Biennale de l'Image Tangible 2.0 (BiT20.paris). Par ailleurs, Daniel Bourgais explore aussi son rapport au paysage par la sculpture et les installations.